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Traumatismes : comprendre les blessures invisibles et leurs conséquences

  • Photo du rédacteur: Karine Louis
    Karine Louis
  • il y a 3 jours
  • 5 min de lecture

Accident, agression, harcèlement, violences, abandon… Quand on parle de traumatisme psychologique, on imagine souvent un événement particulièrement violent ou spectaculaire.


Pourtant, un traumatisme ne se résume pas à ce qui s’est passé.

Il dépend aussi de la manière dont notre cerveau et notre psychisme vivent, traitent et intègrent une expérience. Deux personnes peuvent être confrontées au même événement et ne pas développer les mêmes réactions ni les mêmes séquelles.

Comprendre les différentes formes de traumatismes permet de mieux identifier certaines blessures parfois invisibles et, surtout, de comprendre qu'il n'existe pas une seule manière de réagir face à un événement difficile.


Qu'est-ce qu'un traumatisme psychologique ?

Un traumatisme psychologique peut apparaître lorsqu'une personne est confrontée à une situation qui dépasse ses capacités habituelles d'adaptation et qui provoque un sentiment intense de peur, d'impuissance, de menace ou de perte de contrôle.


Le traumatisme peut être lié à un événement unique, mais aussi à une répétition de situations difficiles ou de violences.

Il est important de faire la distinction entre vivre un événement potentiellement traumatique et développer un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Toutes les personnes confrontées à un événement traumatique ne développent pas nécessairement un TSPT.


Le traumatisme aigu : quand un événement brutal bouleverse la vie

Le traumatisme aigu correspond généralement à un événement soudain, brutal et ponctuel.

Cela peut être :

  • un accident grave ;

  • une agression ;

  • des violences sexuelles ;

  • un attentat ;

  • la perte brutale d'un proche ;

  • un incendie ;

  • une catastrophe naturelle ;

  • ou tout autre événement vécu comme une menace importante pour son intégrité physique ou psychologique.


Après un tel événement, différentes réactions peuvent apparaître : anxiété, troubles du sommeil, souvenirs intrusifs, cauchemars, irritabilité, sensation d'être constamment en danger ou encore évitement de situations rappelant ce qui s'est passé.

Chez certaines personnes, ces réactions s'atténuent progressivement. Chez d'autres, elles persistent et peuvent notamment conduire à un trouble de stress post-traumatique.


Les traumatismes répétés : quand les blessures s'accumulent


Le traumatisme ne provient pas toujours d'un événement spectaculaire.

Certaines blessures psychologiques peuvent se construire progressivement, à force de répétition.

Être régulièrement critiqué, humilié, dévalorisé ou rejeté peut finir par avoir des conséquences importantes sur l'image que l'on a de soi et sur la manière dont on entre en relation avec les autres.


Cela peut notamment concerner :

  • les critiques constantes ;

  • les humiliations répétées ;

  • le harcèlement scolaire ou professionnel ;

  • les réflexions dévalorisantes au sein de la famille ;

  • le rejet répété ;

  • le sentiment d'être abandonné par ses proches ;

  • un environnement dans lequel la personne ne se sent jamais réellement en sécurité.


Une remarque isolée n'a évidemment pas le même impact qu'une situation répétée pendant des années.

C'est parfois l'accumulation de petites blessures qui finit par devenir profondément douloureuse.


Le traumatisme complexe : lorsque la souffrance s'inscrit dans la durée


Le traumatisme complexe peut notamment être associé à des expériences traumatiques prolongées, répétées ou multiples, particulièrement lorsqu'elles surviennent dans des relations importantes ou pendant l'enfance.


On peut notamment penser aux :

  • violences conjugales ;

  • violences psychologiques répétées ;

  • maltraitances durant l'enfance ;

  • violences sexuelles et inceste ;

  • emprise familiale ;

  • emprise dans une relation conjugale ;

  • situations répétées de menace, de peur ou d'humiliation.


Dans ce contexte, les conséquences peuvent dépasser le souvenir de l'événement traumatique.

La personne peut rencontrer des difficultés importantes dans la régulation de ses émotions, l'estime de soi, l'image qu'elle a d'elle-même et ses relations avec les autres.

Elle peut par exemple avoir du mal à faire confiance, craindre constamment l'abandon, avoir le sentiment de ne jamais être suffisamment bien ou éprouver des émotions particulièrement difficiles à contrôler.


Le traumatisme complexe peut ainsi toucher différentes dimensions de la vie et de l'identité.


Le traumatisme transgénérationnel : quand l'histoire familiale laisse des traces


Le traumatisme transgénérationnel est un sujet qui suscite de nombreuses recherches.

Il désigne l'idée que les conséquences de traumatismes vécus par une génération peuvent influencer les générations suivantes, même lorsque celles-ci n'ont pas vécu directement les événements.


Certaines blessures peuvent traverser les générations. Des expériences traumatiques vécues par nos parents ou nos grands-parents peuvent parfois influencer notre manière de ressentir, de réagir ou d'entrer en relation, même lorsque nous ne les avons pas vécues nous-mêmes.


Cette transmission peut passer par l'histoire familiale, les comportements, les croyances, les silences, mais aussi par des mécanismes biologiques et épigénétiques qui sont encore étudiés.


L'histoire de nos parents et de nos grands-parents peut donc faire partie de notre histoire.


Pourquoi deux personnes ne réagissent-elles pas de la même façon ?


C'est probablement l'un des points les plus importants à retenir.

Deux personnes peuvent vivre le même événement sans en garder les mêmes conséquences.

Notre réaction dépend de nombreux facteurs :

  • notre histoire personnelle ;

  • notre âge au moment des faits ;

  • nos expériences précédentes ;

  • notre environnement ;

  • le soutien dont nous disposons ;

  • notre sentiment de sécurité ;

  • nos ressources personnelles ;

  • la manière dont l'événement est vécu et interprété.


Une personne peut développer un TSPT après un événement traumatique tandis qu'une autre ne présentera pas ce trouble.

Cela ne signifie pas que l'une est « plus forte » que l'autre.

Il n'existe pas de bonne ou de mauvaise manière de réagir à un traumatisme.


Le traumatisme peut être invisible


Certaines personnes continuent à travailler, à sortir, à sourire et à mener leur quotidien tout en portant une souffrance importante.

Une blessure psychologique ne se voit pas nécessairement de l'extérieur.

Une personne peut être confrontée à des cauchemars, à une hypervigilance, à des difficultés relationnelles, à une anxiété importante ou à une mauvaise estime d'elle-même sans que son entourage ne s'en rende compte.


C'est pourquoi il est essentiel d'éviter les phrases comme :

« Ce n'était pas si grave. »
« Tu devrais être passé à autre chose. »
« D'autres ont vécu pire. »

La souffrance ne se mesure pas uniquement à la gravité apparente d'un événement.


Peut-on se reconstruire après un traumatisme ?


Oui.

Un traumatisme peut laisser des traces durables, mais il ne définit pas une personne pour toute sa vie.

Mettre des mots sur ce qui a été vécu, comprendre ses réactions et bénéficier d'un accompagnement adapté peut permettre progressivement de retrouver un sentiment de sécurité et de reprendre du pouvoir sur son histoire.


Lorsque les symptômes deviennent persistants ou envahissants, un accompagnement par un professionnel formé au psychotraumatisme peut être particulièrement important.

Certaines approches psychothérapeutiques, notamment les thérapies cognitivo-comportementales et l'EMDR, peuvent être utilisées dans la prise en charge du TSPT.


À retenir


Un traumatisme n'est pas forcément un événement spectaculaire.

Il peut être brutal, répété, relationnel ou s'inscrire dans une histoire familiale.

Et surtout, nous ne réagissons pas tous de la même manière.

Ce qui compte n'est pas seulement ce qui s'est passé, mais aussi la manière dont notre cerveau et notre psychisme ont vécu et intégré cette expérience.


Comprendre les traumatismes, c'est aussi apprendre à regarder autrement les blessures invisibles : avec moins de jugement, davantage d'écoute et beaucoup plus de bienveillance.

Parce qu'une souffrance que l'on ne voit pas n'en est pas moins réelle.

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